Dans cet article, je vous explique la méthode, pas à pas, du commentaire littéraire pour le bac français à partir de l’incipit de Germinal de Zola.
– Quelles sont les étapes de l’analyse ?
– Comment  » scanner un texte  » pour en repérer les procédés essentiels ? Et ne rien oublier…
– Comment laisser libre court à son ressenti , ses impressions pour comprendre la vision du monde que l’auteur cherche à nous communiquer (Au fait, l’auteur appartient-il à un mouvement littéraire particulier ?…)
– Comment à partir de la trame des éléments recueillis, construire un plan et une problématique ?

 

PREMIERE ETAPE : la découverte du texte

 

– Lire le texte plusieurs fois , s’en imprégner essayer de formuler les émotions qu’il suscite.
– Se poser ces trois questions dans l’ordre :
1° Peut-on distinguer plusieurs parties dans l’extrait (une sorte de progression du texte ?)
2° Peut-on caractériser le texte ? (rappel : Les passages descriptifs sont riches en adjectifs, en adverbes, le narratif rapporte les actions , c’est celui que préfèrent les élèves car il s’y passe quelque chose….)
– Perçoit-on un point de vue dominant ? Discerne-t-on l’action à travers les yeux du personnage ou alors d’un point de vue externe (comme avec une caméra) ou  est-on en possession de toutes les informations présentes, passées, futures qui le concernent ?

« Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves. Devant lui, il ne voyait même pas le sol noir, et il n’avait la sensation de l’immense horizon plat que par les souffles du vent de mars, des rafales larges comme sur une mer, glacées d’avoir balayé des lieues de marais et de terres nues. Aucune ombre d’arbre ne tachait le ciel, le pavé se déroulait avec la rectitude d’une jetée, au milieu de l’embrun aveuglant des ténèbres.

L’homme était parti de Marchiennes vers deux heures. Il marchait d’un pas allongé, grelottant sous le coton aminci de sa veste et de son pantalon de velours. Un petit paquet, noué dans un mouchoir à carreaux, le gênait beaucoup ; et il le serrait contre ses flancs, tantôt d’un coude, tantôt de l’autre, pour glisser au fond de ses poches les deux mains à la fois, des mains gourdes que les lanières du vent d’est faisaient saigner. Une seule idée occupait sa tête vide d’ouvrier sans travail et sans gîte, l’espoir que le froid serait moins vif après le lever du jour. Depuis une heure, il avançait ainsi, lorsque sur la gauche à deux kilomètres de Montsou, il aperçut des feux rouges, trois brasiers brûlant au plein air, et comme suspendus. D’abord, il hésita, pris de crainte ; puis, il ne put résister au besoin douloureux de se chauffer un instant les mains.

Un chemin creux s’enfonçait. Tout disparut. L’homme avait à droite une palissade, quelque mur de grosses planches fermant une voie ferrée ; tandis qu’un talus d’herbe s’élevait à gauche, surmonté de pignons confus, d’une vision de village aux toitures basses et uniformes.
Il fit environ deux cents pas. Brusquement, à un coude du chemin, les feux reparurent près de lui, sans qu’il comprît davantage comment ils brûlaient si haut dans le ciel mort, pareils à des lunes fumeuses. Mais, au ras du sol, un autre spectacle venait de l’arrêter. C’était une masse lourde, un tas écrasé de constructions, d’où se dressait la silhouette d’une cheminée d’usine ; de rares lueurs sortaient des fenêtres encrassées, cinq ou six lanternes tristes étaient pendues dehors, à des charpentes dont les bois noircis alignaient vaguement des profils de tréteaux gigantesques ; et, de cette apparition fantastique, noyée de nuit et de fumée, une seule voix montait, la respiration grosse et longue d’un échappement de vapeur, qu’on ne voyait point. »

Germinal – Zola – Extrait de la première partie chapitre 1

1°On remarque qu’on peut séparer le texte en deux parties : Les deux premiers paragraphes présentent le décor dans lequel évolue le personnage ; le dernier mentionne sa vision soudaine d’une sorte de brasier émanant d’une cheminée d’usine à l’approche du lieu de Montsou.
2° il s’agit avant tout d’un texte descriptif, on se représente un tableau où l’on voit un homme en butte avec les éléments naturels déchaînés (verbes majoritairement à l’imparfait / nombreux adjectifs ; la plaine rase, le sol noir, l’ immense horizon plat….)
3° la scène est représentée  du point de vue externe voire omniscient « il ne voyait même pas le sol noir » dans les deux premiers paragraphe, puis l’auteur alterne avec point de vue interne à la fin du texte.

 

DEUXIEME ETAPE : Un début de roman

 

Puisqu’il s’agit de l’incipit, il va falloir se poser ces questions ( qui répondent à la simple logique):

OU et QUAND se passe l’action ? (cadre spatio-temporel) QUI est le héros ? Quel est le THEME de l’histoire , ( ce qui préfigure la suite).

2°L’auteur parvient- il à capter l’attention du lecteur ? Comment ?

 

« Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves. Devant lui, il ne voyait même pas le sol noir, et il n’avait la sensation de l’immense horizon plat que par les souffles du vent de mars, des rafales larges comme sur une mer, glacées d’avoir balayé des lieues de marais et de terres nues. Aucune ombre d’arbre ne tachait le ciel, le pavé se déroulait avec la rectitude d’une jetée, au milieu de l’embrun aveuglant des ténèbres.

L’homme était parti de Marchiennes vers deux heures. Il marchait d’un pas allongé, grelottant sous le coton aminci de sa veste et de son pantalon de velours. Un petit paquet, noué dans un mouchoir à carreaux, le gênait beaucoup ; et il le serrait contre ses flancs, tantôt d’un coude, tantôt de l’autre, pour glisser au fond de ses poches les deux mains à la fois, des mains gourdes que les lanières du vent d’est faisaient saigner. Une seule idée occupait sa tête vide d’ouvrier sans travail et sans gîte, l’espoir que le froid serait moins vif après le lever du jour. Depuis une heure, il avançait ainsi, lorsque sur la gauche à deux kilomètres de Montsou, il aperçut des feux rouges, trois brasiers brûlant au plein air, et comme suspendus. D’abord, il hésita, pris de crainte ; puis, il ne put résister au besoin douloureux de se chauffer un instant les mains.

Un chemin creux s’enfonçait. Tout disparut. L’homme avait à droite une palissade, quelque mur de grosses planches fermant une voie ferrée ; tandis qu’un talus d’herbe s’élevait à gauche, surmonté de pignons confus, d’une vision de village aux toitures basses et uniformes.
Il fit environ deux cents pas. Brusquement, à un coude du chemin, les feux reparurent près de lui, sans qu’il comprît davantage comment ils brûlaient si haut dans le ciel mort, pareils à des lunes fumeuses. Mais, au ras du sol, un autre spectacle venait de l’arrêter. C’était une masse lourde, un tas écrasé de constructions, d’où se dressait la silhouette d’une cheminée d’usine ; de rares lueurs sortaient des fenêtres encrassées, cinq ou six lanternes tristes étaient pendues dehors, à des charpentes dont les bois noircis alignaient vaguement des profils de tréteaux gigantesques ; et, de cette apparition fantastique, noyée de nuit et de fumée, une seule voix montait, la respiration grosse et longue d’un échappement de vapeur, qu’on ne voyait point. »

Germinal – Zola – Extrait de la première partie chapitre 1

 

TROISIEME ETAPE : L’ambiance du récit

 

1°Y a-t-il des figures de style ? un ou des registre(s) particulier(s) ?

2° L’auteur appartient-il à un mouvement littéraire que vous connaissez ?

 

Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves. Devant lui, il ne voyait même pas le sol noir, et il n’avait la sensation de l’immense horizon plat que par les souffles du vent de mars, des rafales larges comme sur une mer, glacées d’avoir balayé des lieues de marais et de terres nues. Aucune ombre d’arbre ne tachait le ciel, le pavé se déroulait avec la rectitude d’une jetée, au milieu de l’embrun aveuglant des ténèbres.

L’homme était parti de Marchiennes vers deux heures. Il marchait d’un pas allongé, grelottant sous le coton aminci de sa veste et de son pantalon de velours. Un petit paquet, noué dans un mouchoir à carreaux, le gênait beaucoup ; et il le serrait contre ses flancs, tantôt d’un coude, tantôt de l’autre, pour glisser au fond de ses poches les deux mains à la fois, des mains gourdes que les lanières du vent d’est faisaient saigner. Une seule idée occupait sa tête vide d’ouvrier sans travail et sans gîte, l’espoir que le froid serait moins vif après le lever du jour. Depuis une heure, il avançait ainsi, lorsque sur la gauche à deux kilomètres de Montsou, il aperçut des feux rouges, trois brasiers brûlant au plein air, et comme suspendus. D’abord, il hésita, pris de crainte ; puis, il ne put résister au besoin douloureux de se chauffer un instant les mains.

Un chemin creux s’enfonçait. Tout disparut. L’homme avait à droite une palissade, quelque mur de grosses planches fermant une voie ferrée ; tandis qu’un talus d’herbe s’élevait à gauche, surmonté de pignons confus, d’une vision de village aux toitures basses et uniformes.
Il fit environ deux cents pas. Brusquement, à un coude du chemin, les feux reparurent près de lui, sans qu’il comprît davantage comment ils brûlaient si haut dans le ciel mort, pareils à des lunes fumeuses. Mais, au ras du sol, un autre spectacle venait de l’arrêter. C’était une masse lourde, un tas écrasé de constructions, d’où se dressait la silhouette d’une cheminée d’usine ; de rares lueurs sortaient des fenêtres encrassées, cinq ou six lanternes tristes étaient pendues dehors, à des charpentes dont les bois noircis alignaient vaguement des profils de tréteaux gigantesques ; et, de cette apparition fantastique, noyée de nuit et de fumée, une seule voix montait, la respiration grosse et longue d’un échappement de vapeur, qu’on ne voyait point.

Germinal – Zola – Extrait de la première partie chapitre 1

1° Les figures de style : Une métaphore filée en lien avec le milieu marin : »mer , jetée , embrun ».
Des personnifications : » balayaient, tâchaient , aveuglant, lanternes tristes, respiration ».
Il s’agit d’un registre réaliste pour la première partie, cela signifie que les nombreux détails (Marchiennes est bien une commune du Nord) rendent la scène tout à fait plausible ensuite on passe à un registre fantastique (intrusion du surnaturel dans le cadre réaliste d’un récit).
2°Zola appartient au mouvement naturaliste, petit frère du réalisme et qui s’attache à décrire toute force naturelle indépendamment du beau ou de l’idéal.

 

QUATRIEME ETAPE : le plan et la problématique

 

A ce stade nous avons recueilli l’ensemble des informations nécessaires à la réalisation d’un bilan de lecture et éprouvé l’atmosphère particulière qui se détache de cet extrait. Maintenant, il va falloir intégrer toutes ces données dans un plan cohérent.
On voit bien , pour récapituler qu’il s’agit d’un incipit qui nous présente un pauvre bougre anonyme marchant dans la nuit dans un univers hostile . Son pas est décidé, il se rend dans une direction précise et ce lieu apparaît ensuite au loin de manière fantastique.

Voici le plan que je vous propose qui me semble logique , récapitulatif et respectueux de la progression du texte :

I . Un incipit réaliste .
– Reprendre les éléments de la première et deuxième étape (l’extrait répond bien au cahier des charges d’un véritable incipit , il est informatif et ménage un certain suspens.

II . Un héros anonyme en proie à la violence des éléments.
– Insister sur l’anonymat (c’est voulu c’est-à-dire qu’au début de l’histoire Lantier (le héros) n’est rien il n’a pas d’identité pas de statut mais au fur et à mesure du roman il va devenir un leader syndical reconnu ; il va progressivement prendre sa place dans ce milieu minier.
– Donner une importance à l’ambiance inhospitalière (troisième étape).

III. Une vision qui prend une tournure fantastique et angoissante.
Cette partie correspond à la troisième étape aussi mais il faut montrer qu’il y a eu une transition opérée entre la description d’un paysage bien ancré dans le réel et la vision cauchemardesque du lieu de destination final (ce qui attend Lantier, c’est la lutte avec ce monstre que représente l’univers de la mine).
Maintenant à vous de trouver la problématique qui découle de ce plan. Je pense que c’est assez facile; il faut formuler une question globale qui prend en compte les spécificités du texte….

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