J’ai grandi dans les années 80 /90; la génération Mitterand juste avant l’arrivée d’internet et de la révolution numérique. A l’époque, on ne parlait que de crise , de récession, de rigueur. Quand on avait la chance de trouver un boulot quel qu’il soit « un TUC  » (travail d’utilité collective) ou un  » CES » (contrat emploi solidarité) au sortir de ses études…. on s’y accrochait ! Et l’entrée dans la fonction publique apparaissait comme le choix de vie le plus raisonnable pour échapper au chômage de masse. Le blues , le blues, le blues …Mais je me souviens aussi de l’ émission en prime time de l’inénarrable Bernard Tapie intitulée « Ambition » cherchant à éveiller la flamme entrepreneuriale et le goût du challenge dans une France rongée par la morosité et le pessimisme . Sans porter de jugement sur notre ami Bernard (quand on connaît, avec le recul la suite de ses aventures) j’aimais son incroyable énergie communicative, si dissonante à l’époque !

 

 

 

« Tout le monde n’a pas eu la chance de rater ses études »

 

Les temps ont bien changé, aujourd’hui le modèle de vie qui consiste à décrocher un CDI pour y couler une vie professionnelle longue et monotone ne fait plus recette parmi la jeunesse; le nombre de  création d’auto-entreprises et de starts up explose . On en viendrait même à jeter école et études avec l’eau du bain tant chaque jour de brillantes réussites  parties de rien s’affichent comme modèles d’inspiration à la nouvelle génération . Pour preuve, et à ma petite échelle d’observation l’année dernière j’ai fait la connaissance d’Hugo, un de mes élèves en cours a domicile scolarisé en  1ere ES dans un bon lycée Marseillais. Elève sérieux et consciencieux par ailleurs, quelle n’a pas été ma surprise quand il m’a avoué que le seul livre qu’il avait eu le courage de lire au cours des dernières semaines  était le best seller d’Olivier Roland  jeune youtuber et blogger à succès « tout le monde n’a pas eu la chance de rater ses études  » . Ce livre démontre par l’exemple l’obsolescence du système éducatif  national et son incapacité à répondre aux nouveaux enjeux économiques et sociétaux. En  deux mots, Olivier Roland prétend dans cet essai que  l’école doit devenir l’antichambre de l’insertion et de l’adaptation  aux mutations de notre époque dans une finalité de performance.  Mais surtout, il affirme que  la voie royale  désormais c’est de quitter  » la rat race » (entendez le conformisme) en lançant son blog ou sa chaîne YouTube.  S’il a réussi sans le bac , chacun peut modéliser sa méthode . La chance sourit dit on aux audacieux….

 

 

 

Vendeurs de rêve?

 

Alors,  cet intermède avec Hugo a suscité en moi deux questions : D’une part, l’école doit elle sortir de son rôle sanctuarisé de donner à chacun le capital culturel qui lui est nécessaire pour devenir non seulement acteur du système économique mais surtout  citoyen conscient de ses responsabilités et de ses choix? Mais avant tout  ce qui m’interpelle le plus (et ce à quoi je vais tenter de répondre dans cet article) c’est d’interroger ce nouveau modèle » d’indépendance » pour les rebelles intelligents  2.0  attirant et fascinant par ses promesses à bien des égards…. mais les promesses n’engagent-elles que ceux qui les écoutent? Peut-on réellement tout laisser tomber pour lancer une carrière grâce à YouTube? Ces petits gars ne sont- ils que des vendeurs de rêve ou des précurseurs diablement audacieux? Ont-ils trouvé le SECRET?

 

Génération digital natives

 

Qu’on ne s’y méprenne pas, même à mon âge canonique, Je suis une fan de youtube, j’adore suivre ces trentenaires (majoritairement ) infopreneurs, digital nomads, vidéastes talentueux dont la vocation est d’inspirer des milliers de congénères en mettant en scène un lifestyle fun et kiffant: D’abord, en créant un contenu alléchant et régulier pour « fidéliser » , ensuite, en se filmant dans des endroits exotiques pour faire rêver (en Inde ou en Thailande principalement) et enfin , en distillant à travers leurs vidéos la pensée lucrative d’un Tim Ferris, Napoleon Hills ou autre Anthony Robin; des self made men qui ont tout compris de l’art de modéliser LA réussite. (Sauce Nord américaine).C’est plus sexy que le modèle de bonheur qui a conditionné la génération précédente : A savoir , un bon boulot de salarié , une maison à crédit sur trente ans , la famille Ricoré qui va avec et la quille au moment de la retraite à …60 /65 ans enfin ( soit une petite vingtaine d’années restantes pour « profiter »).
Franchement je suis sincère j’ADORE leur force de persuasion argumentative quand ils vous promettent avec des étoiles dans les yeux qu’ on peut vivre de ses rêves (ah… la loi de l’attraction …., la pensée positive….,la gratitude envers l’univers vous connaissez?) je me repais de leur enthousiasme communicatif à faire pâlir d’envie les clubs d’entrepreneurs corporate où l’on échange des cartes de visite d’un air convenu. Et puis, ils ont raison: Ce sont des digital natives et le monde leur appartient à condition d’en saisir les codes et les opportunités avant l’effet de massification qui risque de se produire.

 

Beaucoup d’appelés, peu d’élus !

 

Le problème pour ma part , c’est qu’ ils finissent par tenir le même langage stéréotypé, si l’on excepte quelques précurseurs qui ont flairé le marché les premiers. Difficile de se différencier en s’inspirant tous des mêmes méthodes éprouvées certes mais copiées/collées Outre-Atlantique : « tunnel de vente », « personal branding » , « affiliation »…. ils vous disent: » pas la peine de réinventer la roue » mais la créativité, l’originalité finissent par déserter le contenu de ces capsules. …Mais bon, soit ! Admettons qu’il suffise de rentrer dans un moule pour décrocher le jackpot , acheter des formations en ligne pour appliquer les principes qui vont conduire à la Success Story imparable . Seulement , je crois que malheureusement cela ne va pas suffire ….Pourquoi ? Parce que outre le fait que tous ces youtubers ont en commun une capacité de travail hors normes (Bon, ce sont des passionnés ça aide!) ils affichent aussi une débrouillardise bluffante, alliée à une connaissance presque intuitive du networking et des réseaux sociaux .Ce sont des geeks qui ont une longueur d’avance sur le marché francophone parce qu’ils maîtrisent parfaitement la langue de l’oncle Sam. Cela leur permet de suivre les bloggers américains les plus influents et les plus novateurs pour dupliquer leur modèle de  » business » et l’importer en métropole avant tout le monde. Vous voyez, je pense que malgré les promesses ce n’est pas à la portée du premier bac moins deux venu même estampillé autodidacte. Alors oui , on peut utiliser YouTube comme un formidable levier d’émancipation et de créativité mais pas sans effort , sans ténacité, sans passion !! Par contre, je ne sais pas si ces précieuses qualités s’acquièrent sur les bancs de l’école , qu’en pensez-vous ? c’est un autre débat !!!….

 

 

 

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