La culture , ça aide à vivre ça enrichit , ça nourrit, ça transcende….Dans une époque de plus en plus formatée, abonnée au prêt à penser, la seule échappatoire à la normalisation des cœurs et des consciences programmée, c’est l’imaginaire, la réflexion, l’expérience humaine partagée que nous apporte LA CULTURE. Sous toutes ses formes: des fondamentaux aux œuvres  les plus   avant-gardistes,  il faut en bouffer encore et encore jusqu’à l’excès , l’hyperphagie, l’overdose.. Je déteste entendre que la littérature, la philo , l’art ça ne sert à rien comme si tout devait être utile et sacrifier à l’impératif de rentabilité du modèle neolibéral qui gangrène  les esprits comme une pandémie. Est ce que l’Amour, la Beauté, le plaisir ont vocation à être « utiles »? Alors si jamais il vous arrive d’entendre à votre tour cette remarque incongrue; voici quelques arguments assortis d’exemples pour faire mouche! dans le désordre….

 

La culture ça sert à émouvoir et à s’émouvoir

 

Avez-vous eu la chance   d’assister à une première du festival d’Avignon  dans cet  espace de légende que constitue la cour d’honneur du Palais des Papes? Considérez-vous comme un privilège d’avoir une fois dans votre vie  pu assister à la représentation de Nabucco , de Rigoletto ou de Carmen au sein du théâtre d’Orange, un des plus précieux héritages de la Rome Impériale ?   Avez-vous ressenti ces purs moments de délectation, de communion quand les notes  et les voix s’élèvent dans la nuit provençale pour rejoindre les étoiles? Avez-vous apprécié  la mise en scène  savamment orchestrée , l’acoustique quasi parfaite  portée par le mur de scène , le tourbillon  de couleurs  et de lumières qui confine à l’ivresse? Non ? Alors vous avez raté votre vie pour reprendre la fameuse formule de Ségéla*!

*publiciste célèbre qui a déclaré il y a une dizaine d’années « si on ne peut pas s’offrir une Rolex à cinquante ans c’est qu’on a raté sa vie » je vous laisse juge….

 

Chorégies d’Orange; lieu emblématique de la culture

 

La culture ça sert à s’échapper

 

Avez-vous quelquefois envie de « mettre les bouts » de  prendre la poudre d’escampette, de fuir un monde à la réalité trop triviale qui ne laisse  aucune place  à l’innocence , à la candeur , au paradis perdu de l’enfance définitivement envolé ?.  Voudriez-vous retrouver votre sourire de môme et le goût des fraises Tagada et du Gloubiboulga? . Alors chaussez  les lunettes d’un Tim Burton , d’un Jean-Pierre Jeunet (Amélie Poulain)  et plongez dans leur univers  merveilleux et délirant. Votre naiveté juvénile a disparu définitivement  le jour où vous avez trouvé la sortie  du trou du lapin d’Alice ? Pas de problème !  Que diriez vous du cinéma d’anticipation d’un Fritz Lang ou d’un Stanley Kubrick ? Ou alors une petite plongée nostalgique dans le monde d’avant d’un James Ivory (« Chambre avec vue » , « Retour à Howards Ends »)? Le septième art ne s’arrête pas bien sur à cette fonction  de  divertissement  bien évidemment mais il permet le temps d’une séance de deux heures de se reconnecter au principe de plaisir. Effet garanti….

 

Amélie Poulain

 

La culture ça sert à témoigner

 

Finalement certains être humains prennent  la plume un beau jour non seulement parce qu’il se sentent inspirés mais aussi parce qu’ils se donnent l’autorisation (parfois, ils le ressentent comme un impératif vital) de  soumettre  leur vision du monde à un public (et par là  au jugement et à la critique…). Ils contribuent par leurs créations originales poésie, roman , nouvelle….  à nous communiquer , nous leur  lectorat, le fruit  de leurs observations  sur la nature humaine, Ils nous disent avec brio   ce qu’ils retirent de leur passage sur terre , ils nous livrent leur univers  en toute subjectivité  et on se reconnaît ou pas dans l’expérience dont ils témoignent. Cependant   pour que leur talent soit reconnu et s’inscrive dans une certaine postérité il faut que leur création  soit assortie d’un style littéraire particulièrement remarquable. N’est pas Victor Hugo qui veut!… Aimez-vous  l’univers désenchanté de Céline et sa verve sans pareille?  » L’amour c’est l’infini mis à la portée des caniches »; ou encore  celui  de Houellebecq , sismographe de notre époque en cours d’effondrement: « c’est dans  le rapport à autrui que l’on prend conscience de soi; c’est bien ce qui rend le rapport à autrui insupportable »…

 

Houellebecq ! Ton univers impitoyable…

 

La culture ça peut servir aussi à survivre

 

C’est le cas des journalistes reporters de guerre pris en otage ( Florence Aubenas en Irak ou Roger Auque pendant la guerre du Liban) ; le fait d’être en contact avec des livres leur permettait de  tuer le temps, d’oublier l’angoisse de leur captivité mais les aidait aussi à vivre ou plutôt à survivre: « Terminer un livre c’est me retrouver face à mon calvaire , devant ce cauchemar qui au fil des jours se transforme en enfer . A chaque fois, j’ai la larme à l ‘œil quand j’arrive a la fin du roman. Je compte le nombre de pages qu’il me reste et je lis lentement les derniers paragraphes pour reculer le plus longtemps possible le retour à la réalité ;Roger Auque « Un otage à Beyrouth ».  Enfin, je termine l’article par mon coup de cœur: la sculptrice et artiste déjantée  Louise Bourgeois qui est parvenue à dépasser et sublimer ses névroses enfantines par la création (l’obsession d’un père volage et infidèle qui trompait sa mère sous le toit familial avec la gouvernante). On lui doit des représentations cauchemardesques  de corps sans têtes , d’araignées géantes de phallus démesurés comme  œuvres exutoires à ses démons intérieurs et qui lui ont permis d’échapper à la dépression voire à la folie.

 

L’araignée de Louise Bourgeois

 

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