Un registre littéraire sert à donner la tonalité d’un texte. IL permet de  communiquer des émotions au  lecteur en fonction du but visé par son auteur. Celui cherche-t-il à émouvoir? il a alors le choix entre ton  lyrique,  pathétique ou  tragique. Veut-il plutôt se moquer , porter en dérision une personne ou une situation? : Il peut recourir  à  la  satire ou à l’ ironie…. Vous savez déjà tout ça, bien entendu, mais il y a pourtant dans certains cas , un risque de confusions et d’erreurs  lié à la proximité sémantique des thèmes caractérisant chaque tonalité. En effet,  un texte peut donner une impression d’infinie tristesse, évoquer la  décrépitude, la mort et l’angoisse  …Est- il pour autant pathétique, lyrique ou tragique? Quelle est le registre d’un texte qui mentionne des fantômes et celui qui traite de dragons et de sorcières? Vous saisissez la difficulté? Il va s’agir dans un premier temps de bien avoir en tête les définitions.

 

Définir pathétique, lyrique et tragique

 

 

 

Le pathétique  inspire la pitié devant l’intensité du malheur qui frappe les êtres ou les personnages : la souffrance, la maladie , la mort.

Le lyrisme  crée une intimité à travers l’expression des sentiments personnels comme l’exaltation de l’amour mais  peut aussi  évoquer la mélancolie, la nostalgie car il s’apparente soit  à un hymne (joie ) soit à   une déploration (tristesse). De plus, ses thèmes de prédilection sont la Nature , l’Amour, la Mort.

Le tragique est  lié à l’idée de fatalité, de mort. Il suscite une impression de terreur et d’admiration devant le malheur qui frappe le héros affrontant son destin.

A ce stade, on comprend le risque d’erreur quand il s’agit d’analyser un texte car on retrouve dans chaque définition  des thèmes  proches:  douleur /malheur/ maladie/mélancolie/ tristesse/ déploration . De plus l’occurrence du mot « mort » apparaît à chaque fois .

 

les procédés spécifiques  à retenir pour pathétique, lyrique et tragique.

 

pathétique:               

 

réseau lexical de la douleur, de la souffrance / supplications , exclamations , apostrophes

Exemple:  » le fils Naturel » de Denis Diderot  II,5, 1757

Dorval devait aider son ami Clairville à déclarer sa flamme à Rosalie mais celle-ci lui avoue qu’elle est amoureuse de lui…     Dorval (seul) : – Suis je assez malheureux !…. J’inspire une passion secrète à la sœur de mon ami !.. .J’en prends une insensée pour sa maîtresse, elle pour moi…. Que fais-je encore dans une maison que je remplis de désordre? Où est l’honnêteté ! Y en a-t-il encore dans ma conduite ? ( il appelle comme un forcené)- Charles ,Charles, On ne vient point…. tout m’abandonne (il se renverse dans un fauteuil, il s’abime dans sa rêverie, il jette ses mots par intervalle) Encore… si c’était les premiers malheureux que je fais !… mais non, je traîne partout l’infortune…. Tristes mortels Misérables jouets des événements(…)¨ô toi qui conduis tout, qui m’as conduit ici, te chargeras-tu de te justifier ?…Je ne sais pas où j’en suis.

 

   Lyrique:

 

vocabulaire des sentimentsusage de la première personne / exclamations, interjections,  interrogations /  thème du souvenir , de la fuite du temps /  figures de style (comparaisons, métaphores, allégories, antithèses).

Exemple : « El Desdichado »  Gérard de Nerval « Les chimères  » (1854 )( (le  » déshérité »  fait référence à la mort de Jenny Colon en 1842 , actrice dont de Nerval a été amoureux.)

Je suis le ténébreux, – le veuf, – l’inconsolé,
Le prince d’Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule étoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m‘as consolé,
Rends-moi le Pausilippe *et la mer d’Italie*,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille* où le pampre à la rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phébus ? … Lusignan ou Biron ?….

*références aux  » Géorgiques » de Virgile et à des lieux géographiques connus de l’auteur.

 

Tragique:

                           

 

 

lexique de la mort et de la fatalité / langage soutenu / interrogations, exclamations  / antithèses

Exemple: » Phèdre » de Racine (1677)

Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
De son fatal hymen je cultivais les fruits.
Vaines précautions ! Cruelle destinée !
Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
Ma blessure trop vive aussitôt a saigné.
Ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachée :
C’est Vénus tout entière à sa proie attachée.
J’ai conçu pour mon crime une juste terreur ;
J’ai pris la vie en haine, et ma flamme en horreur ;
Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire,
Et dérober au jour une flamme si noire :
Je n’ai pu soutenir tes larmes, tes combats :
Je t’ai tout avoué ; je ne m’en repens pas.
Pourvu que, de ma mort respectant les approches,
Tu ne m’affliges plus par d’injustes reproches,
Et que tes vains secours cessent de rappeler
Un reste de chaleur tout prêt à s’exhaler.

 

Différencier fantastique et merveilleux:

 

Fantastique:

                   

 

Exprime la peur que provoque l’intrusion inattendue d’un phénomène inquiétant, irrationnel ou surnaturel réseau lexical de la peur rupture de la syntaxe gradation interrogation et exclamation thèmes et images de la nuit ,de la mort de l’au delà

Exemple: » le Horla » de Maupassant (1887):

je le tuerai. Je l’ai vu ! Je me suis assis hier soir, à ma table ; et je fis semblant d’écrire avec une grande attention. Je savais bien qu’il viendrait rôder autour de moi, tout près, si près que je pourrais peut-être le toucher, le saisir ? [… ]
Donc je faisais semblant d’écrire, pour le tromper, car il m’épiait lui aussi ; et soudain, je sentis, je fus certain qu’il lisait par-dessus mon épaule, qu’il était là, frôlant mon oreille.
Je me dressai, les mains tendues, en me tournant si vite que je faillis tomber. Eh bien ?…. on y voyait comme en plein jour, et je ne me vis pas dans ma glace ! Elle était vide, claire, profonde, pleine de lumière ! Mon image n’était pas dedans… et j’étais en face, moi ! Je voyais le grand verre limpide du haut en bas. Et je regardais cela avec des yeux affolés ; et je n’osais plus avancer, je n’osais plus faire un mouvement, sentant bien pourtant qu’il était là, mais qu’il m’échapperait encore, lui dont le corps imperceptible avait dévoré mon reflet.
Je l’avais vu ! L’épouvante m’en est restée, qui me fait encore frissonner.

 

Merveilleux:

                       

 

 

C’est le monde des contes de fées! Contrairement au fantastique le merveilleux ne provoque pas l’angoisse Invraisemblances exagérations.

Exemple: « Candide » de Voltaire (1759)

 

Candide et Cacambo montent en carrosse ; les six moutons volaient, et en moins de quatre heures on arriva au palais du roi, situé à un bout de la capitale. Le portail était de deux cent vingt pieds de haut, et de cent de large ; il est impossible d’exprimer quelle en était la matière. On voit assez quelle supériorité prodigieuse elle devait avoir sur ces cailloux et sur ce sable que nous nommons or et pierreries.

 

 

 

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